Tout a commencé par une naissance
Je ne suis pas devenue doula parce que j'avais toujours rêvé d'accompagner des naissances.
Je le suis devenue après avoir donné moi-même la vie.
Lorsque ma fille aînée est née, j'ai traversé un cataclysme. Sur le papier pourtant, mon accouchement avait tout de l'enfantement idéal : un plateau technique, aucune intervention médicale, une naissance respectée.
Tout s'était bien passé.
Et pourtant, quelque chose d'immense venait de se produire dont personne ne m'avait vraiment parlé.
Alors j'ai voulu comprendre.
J'ai lu tout ce qui me tombait sous la main sur la grossesse, la physiologie, l'accouchement, la naissance, le corps des femmes.
Et ce qui était jusque-là une recherche personnelle est devenu peu à peu une évidence : j'avais besoin de transmettre.
Il fallait que les femmes sachent ce que leurs mères ne leur avaient peut-être pas dit. Qu'accoucher ne consistait pas seulement à faire sortir un bébé de son corps. Que l'enfantement pouvait être une initiation. Qu'elles pouvaient y rencontrer une puissance qu'elles ne soupçonnaient pas.
Et qu'au moment de donner naissance, quelque chose pouvait nous relier à toutes celles qui avaient enfanté avant nous.
Comme si toutes les femmes du monde étaient là.
Puis il y a eu une deuxième grossesse : des jumeaux.
Et cette naissance-là m'a aussi menée à un tout autre endroit.
Je m'intéressais déjà au deuil périnatal. Et parmi tous les scénarios que je pouvais imaginer, il en était un qui me semblait absolument insoutenable : donner naissance à deux enfants et n'en ramener qu'un seul à la maison.
Pour le premier, tout s'est passé tranquillement. Mais pour le second, tout a changé. Il est arrivé en ce monde trop bousculé par une naissance violente. Inconscient.
Je l'ai vu partir dans les bras de quelqu'un sans savoir s'il était mort ou vivant.
Cette image s'est imprimée très profondément en moi.
Moi, j'ai eu la chance de me réveiller de ce cauchemar. Mes deux fils sont rentrés à la maison.
Mais j'ai pensé à toutes ces femmes pour lesquelles le cauchemar ne s'arrêtait pas.
La naissance et la mort venaient de se frôler.
Comprendre, apprendre, transmettre
En 2014, je me suis formée au métier de doula auprès d'Isabelle Challut.
Et depuis, je n'ai plus vraiment cessé d'explorer.
La physiologie de la naissance, le chant prénatal, le corps, les rituels, le féminin. Jusqu'au chamanisme. Je me suis formée auprès de Jane Collings, puis de Michel Odent et Liliana Lammers. Et tant d'autres par la suite. J'ai créé et animé des Tentes Rouges, organisé des rencontres et des formations autour de la naissance et du féminin, donné des conférences.
Et surtout, j'ai accompagné.
Des femmes. Des couples. Des grossesses. Des naissances.
Quelques années plus tard, enceinte de mon quatrième enfant, j'ai pu enfin enfanter à la maison, comme j'en avais tant rêvé.
Une sage-femme était présente à mes côtés. Mais personne n'avait à faire naître mon enfant à ma place.
Parce qu'au fond, c'est peut-être l'une des choses essentielles que toutes ces années m'ont apprises :
ce sont les femmes qui donnent naissance.
Et parfois, naissance et mort se rencontrent
Dès ma formation de doula, j'avais choisi de m'intéresser particulièrement au deuil périnatal.
J'avais envie de pouvoir être présente précisément à cet endroit où personne n'a envie d'être.
Je me projetais sans doute : si j'avais un jour à traverser une telle épreuve, j'aurais voulu trouver quelqu'un capable de rester auprès de moi. Quelqu'un qui ne détourne pas les yeux. Qui ne cherche pas à faire disparaître l'insupportable. Mais qui sache être là.
Le deuil périnatal a finalement beaucoup traversé ma pratique.
J'ai accompagné des couples qui avaient déjà perdu un bébé et vivaient une nouvelle grossesse avec cette histoire. Pour d'autres, la mort est arrivée pendant que je les accompagnais.
J'ai accompagné des naissances qui étaient aussi des adieux.
Et c'est ainsi que, presque naturellement, mon chemin autour de la naissance m'a conduite vers l'autre extrémité de la vie.
J'ai voulu pouvoir accompagner la mort elle aussi.
Je me suis formée pendant plus d'un an auprès de JALMALV, initialement avec l'idée d'accompagner des personnes en fin de vie en milieu hospitalier.
Je ne suis finalement jamais entrée dans ces structures.
Mais j'ai accompagné la fin de vie autrement.
Et j'ai découvert quelque chose qui me paraît aujourd'hui presque évident :
naître et mourir demandent à ceux qui accompagnent une posture étrangement semblable.
Gardienne de l'espace
Le mot doula vient du grec et signifie « servante ».
Le terme peut sembler étrange aujourd'hui. Mais l'idée d'être au service dit encore quelque chose de très juste de la place que j'occupe.
Au service de la personne.
Pas de ma vision de ce que devrait être sa naissance, sa mort ou son chemin.
Une doula n'est pas une professionnelle de santé. Elle ne pose pas de diagnostic, ne pratique aucun acte médical et ne se substitue ni à la sage-femme, ni au médecin, ni à l'équipe soignante.
Le médical ne lui appartient pas.
Et c'est précisément ce qui lui permet d'occuper pleinement une autre place.
Être disponible.
Écouter. Informer. Soutenir. Prendre soin de l'environnement. Être attentive à la femme, à la personne qui meurt, au couple, aux proches.
Parler parfois.
Se taire souvent.
Tenir une main. Faire du thé. Protéger un espace. Consoler. Accueillir ce qui est là sans vouloir immédiatement le changer.
Au fil des années, j'ai accompagné, étudié, expérimenté, puis transmis à mon tour. J'ai formé des doulas pendant plusieurs années au sein de cursus de neuf mois et je forme depuis 2020 à l'accompagnement du deuil périnatal.
Et finalement, après toutes ces années, si je devais résumer ma posture en quelques mots, je crois que je choisirais ceux-là :
Gardienne de l'espace.
Parce qu'à la naissance comme à la mort, il existe des passages que personne ne peut traverser à notre place.
Mais que nous ne sommes pas obligés de traverser seuls.
